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02.03.2008

CHAP. II "PETITE SOCIOLOGIE"

1) DE LA GENTILLESSE DES MAROCAINS

Les marocains sont d'une gentillesse exemplaire.
Vous ne serez jamais seuls dans la rue, dans le train, toujours quelqu'un vous parlera et voudra vous aider.
Si vous vous perdez dans le dédale invraisemblable des rues du mellâh ou de la médina, un gamin vous tirera par la manche pour vous remettre dans le droit chemin.
Vous pouvez même demander votre chemin à une jeune fille, elle ne vous regardera pas de haut en menaçant d'appeler un agent comme à Paris.
Au contraire, elle vous accompagnera, sans arrière pensée, ni méfiance paranoïaque, jusqu'à l'endroit où vous devez aller.
Il ne se passera pas de jour sans que l'on vous souhaite la bienvenue.
Maroc terre d'accueil.

2) UN PEUPLE SOURIANT

Des filles insouciantes et rieuses.
Des passants qui vous interpellent gentiment.
Des enfants qui vous souhaitent la bienvenue.
Des vendeuses qui vous demandent si "ça va?".
La gaieté des marocains n’a pas de limites, elle est endémique, magique, prolixe.
Il est rare de trouver des regards de défiance, d’agressivité, de méchanceté.
La seule exception est dans certains quartiers ou la présence d’un européen et d’une marocaine peut heurter les sensibilités et provoquer des réactions hostiles.
Car au Maroc, même les gens qui vous bousculent, ou que vous bousculez par mégarde, prendront toujours le temps de s’excuser.
Essayez donc à Paris, vous ne trouverez que regards torves, biaisés, haineux, indifférents, agressifs ou méprisants.
Est-ce biologique, historique, culturel ?
Est-ce que le soleil, le thé à la menthe, les jus d’amandes, les cornes de gazelles rendent les gens plus gais et plus heureux ?
Et disons le parfois, une certaine pauvreté ?
On pourrait le croire.

3) DE LA PROPRETE DES MAROCAINS

Si vous avez la chance d'être invités dans une famille marocaine, vous serez frappés par la propreté des lieux.
Vous ne mettrez pas les pieds sur le tapis du salon autrement qu'en chaussettes ou en babouches had hoc. Si vous tentez de glisser, ne serait-ce que par omission, la pointe d'une chaussure, vous verrez se lever vers vous les regards étonnés, rapidement réprobateurs et une clameur de protestation si vous persistez.
Les tapis sont fréquemment secoués, brossés, lavés. Les sols récurés dans les moindres recoins.
Les toilettes, fussent-elles à la turque, ont la propreté d'un laboratoire d'analyse médicale. Vous pouvez laisser tomber votre sandwich kefta frites, le ramasser et le manger sans problème.
Le balai espagnol et la serpillière fonctionnent à plein régime. Les femmes s'en donnent à coeur joie. Les jeunes filles idem. Et les fillettes s'entraînent dès leur plus jeune âgé. Ce qui fait de la femme marocaine une fée du logis. Un peu méticuleuse.
Pendant ce temps les hommes regardent négligemment la télé, mais gare à eux s'ils contreviennent à la règle sacrée des babouches ! Les cris et réprobation en arabe dialectal vont fuser.
Ce qui permet de penser que si les hommes ont le beau rôle dans la rue, les femmes commandent à la maison.
Qu'on se le dise! Car la marocaine n'est pas une femme à se laisse marcher sur les pieds.

4) DE LA TELEVISION ET DU BRUIT

Le marocain aime le bruit. Est-ce une façon de signaler son avancée technologique par l'usage bruyant des mobylettes trafiquées, des voitures vrombissantes, par l'abus des freins et du klaxon, des musiques de plage vociférantes et autres avantages acoustiques de la technologie moderne ?
Mais là où le marocain se distingue particulièrement c'est par l'usage immodéré qu'il fait de la télévision...
La télévision fonctionne sept jours sur sept et si personne ne se prend les pieds dans le fil en allant pisser il est possible qu'elle fonctionne toute la nuit.
Il faut dire qu'avec cent chaînes, et encore c'est bien parce que la télécommande s'arrête à 100, les marocains ont le choix (dans le plus pauvre des bidonville, comptez le nombre de paraboles, pâquerettes dans un champ de misère, vous aurez le nombre d'exonérations).
Du Qatar, l'incontournable « Algezira » qui se veut la CNN du monde arabe, d'Egypte, les très appréciés feuilletons familiaux, du Liban, les orchestrations vieillottes des concerts noir et blanc d'Oum kalsoum, sans oublier les chaînes américaines qui diffusent à leur avantage le conflit Irakien ; débauches de GI en Robocop, fantasmes meurtriers et tempêtes du désert à la vitesse d'un zapping effréné, volume à fond, comme si les Fantoms et chars Abrahams traversaient le salon dans un concert de mécaniques hurlantes et de réacteurs stridents, sur fond de minarets, de sable chaud, de carcasses calcinées et fumantes, édulcorant la misères des peuples meurtris et des corps déchiquetés.
Tout ça entre les crêpes au miel du petit-déjeuner et le tajine poulet qu’on mange avec les doigts, servi avec un thé brûlant comme les flammes de l'enfer.
Quand on a épuisé les cent chaînes, les concerts lancinants des violoneux d'Oum kalsoum, toutes les guerres du globe, les publicités « Vache qui rit » sur fond de danse du ventre, il reste une solution, mettre un CD de musique traditionnelle en boucle et à tue-tête.
Et tant pis pour ceux qui n'aiment que Leonard Cohen ou Carla Bruni et leurs douces mélopées.

5) DU PORTABLE « HABIBATI »

Il est une époque pas si lointaine, où l'état marocain ne connaissait pas, à dix millions près, le nombre de ses habitants. Vingt… Trente millions ?
Maintenant c'est facile, il suffit de compter le nombre d’abonnés au téléphone portable.
Si on considère les bébés qui n'en ont pas et ceux qui en ont deux ou trois, le compte doit être bon.
Car le Maroc, réussit, entre autre paradoxe, a être l'un des pays où la téléphonie est la plus chère et l'un des mieux équipés.
Et cette anecdote...
Un clochard assoupi sur de vieux cartons, qui ne semblait posséder rien d'autre que sa djellaba trouée.
Il sursaute à l'appel d'une sonnerie qui le tire de sa torpeur, et sort de la poche le dernier Nokia MP3 pour entamer une conversation avec un compagnon de misère à l'autre bout du Maroc (ou du monde, qui sait ?).
Particularité marocaine, la plupart des jeunes étant fauchés, personne n'a d'unités.
Le téléphone est donc davantage destiné à recevoir des appels qu’a en émettre. Ou autre spécialité marocaine, à "bipper" pour qu'on vous rappelle.
Les opérateurs proposent même pour relancer la consommation, des textos gratuits : « Rappelle moi, j'ai plus d'unité » ou l’énigmatique « Recharge-moi ».
Alors qui appelle, me direz-vous ?
Et bien le téléphone étant essentiellement un outil de drague, et un moyen de contourner les contraintes sociales qui pèsent sur les relations entre garçons et filles, ce sont, courtoisie oblige, généralement les garçons qui appellent.
Les filles se contentant, comme dans la plupart des pays du monde de se faire désirer, sans bourse délier.
Ce qui permet aux garçons d'exprimer leur admiration, aux filles de se faire désirer et aux opérateurs de gagner de l'argent. La boucle est bouclée.
Et tant pis pour les dragueurs compulsifs si la facture est lourde.
Quand ils n'ont plus d'unités, les opérateurs qui ont horreur du vide, ont tout prévu.
A chaque coin de rue, vous trouvez des cabines et des télé-boutiques, où pour quelques dirhams, vous pouvez appeler ou relancer l'élue de votre coeur.
Petit drame du dragueur marocain, savoir qui appelle ou qui rappeler… Car la fille qui « bippe » ou envoie un texto, fait généralement l'économie de son prénom, pensant être la seule et unique.
Dans le doute, se contenter prudemment de les appeler "habibati" (chérie...)